Quand la laïcité s’emmêle

Un modèle de laïcité étatique Français qui porte à confusion et interrogation suite aux rapports quantifiant « 900 atteintes à la laicité en milieu scolaire » par le ministre Jean Michel Blanquer et ses rapporteurs.

Quand on s’intéresse au concept même de la laïcité, on se rends compte qu’en dehors de son origine en France (loi de séparation de l’Église et de l’État – 1905) on ne connaît que très peu, dans les faits, la nature de son application en France.

De fait je n’ai jamais su en parler. Comment ? Ou ? Quel loi exactement ? Pour qui ?

Quand on voit des politiques s’appropriant d’une certaine laïcité presque pour accuser des « montées de l’islamisme » qui expliqueraient et justifieraient des discours discutables au sujet d’une « hydre Islamiste », on ne peut que se questionner sur la récupération du terme. Quelle confusion l’entoure ? Révélant et contribuant au flou de définition que le concept même subit.

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Si peu savent réellement ce que veux dire laïcité, en dehors de la sphère politique et de ses récupérations, comment peut-on alors l’expliquer et la faire appliquer par les citoyens ?

Pour commencer : la laïcité, c’est quoi ?

Avant d’être une loi, c’est un concept même, celui de la séparation de l’État et des organisations religieuses vivant en son sein. Même si le concept ne date pas d’hier ( L’historien Pierre Joxe parle de la naissance du concept avant même du mot dès 1598, avec l’Édit de Nantes)

Mais quand on à dit ça au final, on à pas expliqué grand-chose. Cette définition du terme, se résumant à son concept et à la date à laquelle on l’attribue en France, ne suffisent pas expliquer concrètement comment elle s’applique. Ni quel modèle par ailleurs, l’on a en France.

Quel modèle en France ?

Cette définition, est incomplète, car elle omet deux principes fondamentaux avancés par l’État que sont la liberté de culte dans le respect de l’ordre public et l’interdiction formelle du prosélytisme ainsi que l’égalité face à la justice et la loi, indépendamment des croyances religieuses de chacun.

Si l’on ne sait quel modèle est appliqué en France, c’est parce que l’État lui-même ne précise pas vraiment son type de laïcité.

Est-elle ouverte ? Laissant place à un développement religieux fort au sein du territoire sans trop de restriction, exception faite pour les lieux d’éducation ? Est-elle radicale ? Refusant tout signe ostentatoire de culte et religion sur l’espace public tout entier ?

On pourrait continuer ainsi pendant des pages. Si l’État ne nous apprends rien il peut être intéressant d’aller voir comment il l’applique ? Quels en sont les retombées ? D’où viennent ces 900 signalements d’atteinte à la laicité au dernier trimestre ? 

Pas besoin de chercher très loin pour savoir qu’en France l’application du concept est inégal, la ou rien n’interdit le port du voile pour les sœurs dans l’espace public, le niqab et le voile sont sujet de polémique depuis le début même de l’immigration en France, voire même sources d’interdiction. De même pour les croix au sein de la fonction publique.

Outre cet aspect-ci, ces atteintes sont elle-aussi (surprenamment) floues, puisqu’elles vont, je cite, d’après Jean Michel Blanquer toujours dans l’article de l’express, de « la contestation d’un enseignement » à « une dispense en éducation physique et sportive ».

Le ministre s’exprimait aussi sur son « regret » de voir la campagne de la FCPE (Fédération des conseils des parents d’élèves) au sujet du refus des femmes voilées au sein des sorties scolaires…

Même si le point de vue officiel apporté par la France est peu claire voire inexistant, son application nous renseigne bien quant à ce dernier : l’État tend plutôt vers une laïcité radicale à l’application inégale qui est au cœur des sujets de débat actuels.

Remise en question du rapport ministériel : quand les chiffres ne veulent plus rien dire ou presque

Ismail Ferhat (Membre de l’observatoire de l’éducation, maître de conférence et chercheur au CAREF) dénonce le manque de sérieux et méthodologie des rapporteurs ministériels.

Publié sur le site de la Fondation Jean Jaurès (fondation progressiste défendant la démocratie), il pose une question simple, peut-on quantifier les atteintes à la laïcité, spécifiquement dans le monde scolaire ?

Dans son papier paru en Septembre dernier, le chercheur met en évidence la méthodologie improbable et inconstante entre tous les rapporteurs d’atteinte. Il apporte aussi un élément éloquent quant au sujet de la laïcité en France, la grande majorité des rapports parlent de voile, et qu’aucune étude sérieusement réalisée n’as alors été faite sur le sujet. Amenant alors le chercheur à questionner le chiffre même déclaré pour ce trimestre dernier par Jean Michel Blanquer et les rapporteurs.

Les trois rapports cités sont alors à mettre entre de grandes parenthèses et nous permettent de nous interroger sur le concept de laïcité en France et son application :

Sommes-nous face à une laïcité de façade qui sert à une application politique particulière et douteuse rien que par ses méthodes et choix de signalement ?

quand la laïcité devrait être, si l’on s’en tient à ce que l’État même avance, un élément qui permet l’égalité de tous face à la justice et la jurisprudence…

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